mercredi 5 juin 2024

Jamais comme avant

" Je ne vais pas vous mentir" dit la blouse blanche, vous ne serez plus jamais "comme avant".

Je le savais, j'avais peu d'espoir c'est certain, mais je ne voulais pas y croire totalement, pas l'accepter cet hôte permanent qui a changé ma vie même s'il partage ma vie depuis plus de dix ans. Cette douleur, ce handicap. 

Un peu la même tristesse, la même résignation obligatoire que pour la carte d'handicapé et la RQTH (reconnaissance de travailleur handicapé). 

Ce n'est pas qui je suis. Dynamique, partante, drôle pour ceux qui comprennent. J'aime marcher longtemps, j'aime danser très très longtemps, j'aime voyager, les road trip, la spontanéité, les "on y va" au dernier moment. J'aime toujours les choses que je ne peux plus faire. 

Je n'aime pas celle que je suis devenue. Cette toute petite version de moi. Avis partagé par mon désormais ancien homme de ma vie qui a préféré un nouveau modèle en meilleur état.  Apparemment et encore d'après Mr blouse blanche, face aux handicap les femmes restent, les hommes s'en vont. Statistiques.

Économe en énergie, attendant le prochain anti douleur qui pourtant ne soulage pas complètement, calculant le possible, le je vais essayer, le c'est trop pour moi mais je vais essayer quand même. Sans cesse heurtée par les limites imposées par mon corps.

J'aime toujours râler, apprendre, partager mais je dois doser, compter et de toute façon "payer" chaque action. Mon cerveau est lui aussi plus lent mais surtout moins fiable. La douleur, la fatigue de la douleur fait oublier. La douleur est toujours, tout le temps, là, accrochée.

Je dois accepter cette version amoindrie de ma vie, de moi. Je sais bien que je dois remplacer la colère contre un peu de douceur. La colère fatigue aussi, mais j'en garde un peu soit-disant pour continuer à avancer, à faire. Sans doute  parce que je ne sais pas faire autrement. Ce n'est pas juste et j'ai mal.