Depuis mon arrivée je ne suis pas sortie, n ai eu aucun contact, à part téléphonique. Je viens d'ici, mon nom de famille est illisible à 30km de mon lieu de naissance à moins de parler couramment breton. Je n ai pas pris le train, j'ai conduit jusqu'ici, chez moi, au bout de la terre et n ai croisé personne. Sur les aires de repos, je me suis arrêtée loin des autres et j'avais mes œufs durs pour le casse croûte. Je me suis écartée lorsque ma voisine a voulu papoter par dessus le mur et j ai un peu écourté. J ai apporté une valise digne de la "traversée de Paris" (tiens) avec mes fonds de placard (des coquillettes et du papier toilette entre autre) et hier, pour la première je suis sortie avec mon attestation pour prendre livraison de mes courses.
Et je me sens presque obligée de me justifier d'être là, près de ma famille, dans la ville où je suis née mais où je n' habite plus. Je me sens mal en lisant Ouest France qui explique la colère envers "les parisiens", mal en apprenant que le parking de la Torche était plein ou que des abrutis remplissent leur piscine mais je me sentais aussi mal à Paris quand l' ivrogne du quartier m'a postillonné dessus quand je lui donnais une clope, mal de savoir que mes potes boulangers sont ouverts, mal de voir des pique-nique rassemblant une quinzaine de personnes sur la pelouse du parc, mal de savoir que si le métro fonctionne les gens montent dedans.... Mal quand je prends des nouvelles et que j'entends que de grands apero au bois de Vincennes ont encore lieu alors que ma pote y va juste 30 minutes pour aérer sa puce de 5 ans enfermée toute la journée. Mal de savoir que si je tombe malade j'hésiterai à deux fois avant de prévenir qui que ce soit. En même temps, vu que je suis malade tout le temps...
J ai été très étonnée d'être seule au drive. Le parking d intermarché n'était pas plein mais étonnamment plus qu'à moitié rempli. Au bout d une dizaine de minutes une autre voiture derrière moi mais clairement le drive n'est pas "the place to be". Ça semblait pourtant idéal pour ne croiser personne. Coffre ouvert attendant le chargement , je me tenais loin de la voiture. Sur le chemin du retour, au centre ville deux camions faisaient le marché à eux seul sur "la place" comme on dit ici. Passant en voiture, je n'ai pas vu s il y avait des clients. Au feu rouge, la dame du tabac était sur le pas de sa porte, bien seule. En passant par la corniche pour rentrer, c était la première fois que je voyais la mer depuis mon arrivée. Les plages sont interdites. splendides. J ai refermé le portail et reprends le confinement là où je l'avais laissé. À l' ouverture des courses j'étais un peu déçue, je savais des produits manquants mais pas qu'il s agirait d'un tiers de mes courses. J attendais de la farine et des pommes pour un atelier cuisine avec ma fille, mais bon, on a du saucisson alors de quoi se plaint on ! On reprend l école à la maison et l' après midi, jardinage comme il fait beau. On garde jeux, peinture, rangement et bricolage pour la pluie, la Bretagne, somme toute !
Sécateur, brouette, on a tout ce qu'il faut pour passer le temps et que ma fille en profite pour aimer la terre. Bichonner les hortensias, les camélias et lutter contre l ail sauvage. Rien qui consomme autre chose que de l huile de coude et du temps...
Il y a longtemps... Le confinement...