lundi 7 mai 2018

De la fierté, du handicap et des courses au supermarché

Très fière ce matin d'avoir agité mes petits bras, fait des huit avec le bassin, bougé le cou en entendant les scrountches . Je l'ai fait et pendant une bonne grosse poignée de minutes. Pas encore prête pour les JO mais si j'y arrive tous les jours (ou presque), fière de moi je serai.
Forte de cette séance de sport au son du rock'n'roll, le beau temps m'incita à mettre une robe. Bon, avec une veste, s'entend, les kilos amoncelés par une inactivité très répétée ne fondent pas sous le soleil printanier. Plus de six ans que j'ai mal. Un peu, beaucoup, passionnément.
Hernie au cou, au dos et un chapelet de douleurs qui en découlent..
Mais bref, en prévision de demain jour férié je m'en vais faire quelques provisions. J'ai de grosses baskets mais le rimmel est en place et ma veste (je pense) fait son boulot et je me sens... assez "femme", pour tout dire.

Me voilà donc à la caisse de mon supermarché (mes courses bien que passionnantes seront passées sous silence). Je sors ma carte prioritaire obtenue pour mon handicap, me faufile en tête de queue et sors ma phrase en montrant ma carte "je vais me permettre de passer, merci"
Là, j'ai beaucoup de mal à rester polie pour raconter la suite, mais je m'oblige à rester factuelle. La dame devant qui je passe me fait de la place et lorsque je sors mes courses (6 articles en tout, je pense), une ... de bonne-femme commence à se déchaîner, à me hurler dessus. 
Son argument initial étant qu'elle allait "être en retard à son travail". Cette femme étant en seconde position et ayant déjà obtenu l'aval de la dame qui allait poser ses courses, mes courses sont déjà sur le tapis roulant. Je ne bouge pas. ses hurlements vont jusqu'à me demander pourquoi suis handicapée, et m'accusent de resquiller, de lui faire perdre son temps... Ces hurlements ont duré tout le temps du passage en caisse de la personne avant moi, mais aussi le temps de mon passage en caisse et encore jusqu'à ma sortie du magasin.
Longtemps, très longtemps.
Heureusement, j'ai été assez rapidement défendue par un vigile du magasin. Il m'a très gentiment indiqué que j'étais dans mon bon droit. 
J'ai "tenu" assez dignement quelques instants.  Mais au bout d'un moment, ma fierté a fondu en larmes au son de la dame en colère "qui elle ne pleure pas", non , elle hurle toujours.
Un autre monsieur et aussi une dame dans l'autre file d'attente m'ont soutenue. 
Et sur la vingtaine de personnes présentes on va dire que c'est pas mal... 
Estomaquée par l'agression,j'ai mis du temps à répondre, à trouver mes mots qui ne sont pourtant d'habitude pas loin dans ma poche. Mais cette dame devant moi m'a sèchement demandé de me taire. C'est vrai, je n'allais pas répondre en plus.

J'avais déjà été insultée au même supermarché, et pour les mêmes raisons. D'autres fois aussi, mais j'ai heureusement oublié les détails. En revanche je me souviens très bien de la première fois, vraiment très violente.
Dans un bus, des beaux quartiers du 17ème arrondissement, un "quadra pingouin" en costume s'était plaint et m'avait ensuite insultée, agressée verbalement et humiliée pendant le temps de quatre stations de bus. Ce qui fait long là aussi, très long. 
Mon tort avait été, d'après lui,  de lui montrer ma carte de façon agressive.
Assis aux places réservées, j'avais trébuché au départ du bus en arrivant à sa hauteur, ma carte à la main "j'aimerai m’asseoir s'il vous plait" avait dû être le mot de trop. Cette fois, dans le bus bondé, la seule marque de sympathie vint d'une dame, descendue avant moi, elle m'avait adressé après être descendue, un "courage" muet mais très articulé à travers la vitre en passant à ma hauteur. Bien sûr, j'étais en larmes et tellement écœurée.

Il fallait que ça sorte. 
Je suis toujours furieuse, triste et puis bon, j'ai toujours mal ! Si je pouvais inviter dans mon corps (non, pas comme ça voyons !) mais, si je pouvais faire visiter ma douleur...
Ce qui est curieux aussi, c'est de servir de défouloir. Même si "curieux" n'est pas vraiment le bon mot. 
Allez, c'est pas tout ça, dit elle avec la légèreté forcée d'un hippopotame à qui on demande de faire des abdos... (promis je vais bosser mes images)...  je vais prendre mon super paracétamol codéiné !